Les petits côtres, Marguerite AROSA
Les petits côtres, Marguerite AROSA ( Paris, 1854- Paris, 1903)
Huile sur toile, signée en bas à droite et datée 1902
Dimensions sans cadre 103×75 cm
Dimensions avec cadre 112×85 cm
Marguerite Arosa vint d’une famille d’origine espagnole très aisée et dont le père était agent de change et grand amateur d’art, collectionneur de tableaux de peintres contemporains et de l’École de Barbizon. Proche de Paul Gauguin, son père fut le tuteur de ce grand peintre au décès de sa mère.
Paul Gauguin, après avoir quitté la Marine, fit connaissance avec l’art chez Arosa père. En 1872, il rencontra sa future épouse chez eux. Il aurait réalisé ses premiers tableaux avec Marguerite Arosa, qui avait déjà une formation artistique, et avec qui il a peint à l’huile dans les environs de Paris.
Marguerite voulait être peintre depuis sa dixième année. Dans les années 1880, elle n’hésita pas à aborder le nu, réalisa des portraits mais se consacra ensuite, vers 1890, aux paysages et aux marines, qu’elle traduisit par des impressions exquises et délicates. Elle exposa de 1882 à 1902 (année de notre tableau) à Paris, et dans de nombreux salons de province et en Espagne. La presse, locale comme nationale ou espagnole, se fit très fréquemment témoin de ses accrochages. Elle fut remarquée par le critique Théodore Véron à son premier salon en 1882. En 1888, la presse américaine fit cet éloge: « Marguerite Arosa montre un talent très masculin dans un tableau très féminin intitulé Le Matin, une étude de femme nue allongée sur son divan matinal ».
À l’Exposition nationale des Beaux Arts de Madrid où elle exposa à plusieurs reprises, Marguerite Arosa reçut deux mentions honorables. Elle fut membre de l’Union des femmes peintres et sculpteurs où elle exposa dès 1890, et fut membre du comité en 1894. En 1891, elle participa à la première exposition des Beaux-Arts de Barcelone avec un grand tableau, section artistes étrangers. De 1892 à 1902, elle exposa des marines, peut-être notre tableau, et de lumineuses vues de Provence à l’Exposition Les XII à la Bodinière à Paris, un groupe de douze artistes femmes de différentes nationalités, tentative audacieuse pour l’époque et qui ne se poursuivra pas après son décès en 1903.
Notre tableau évoque une jolie réalité familière, une famille pataugeante et heureuse. C’est une peinture qui conquiert d’emblée le spectateur par sa luminosité et son optimisme. Coiffant chaque enfant d’un léger et jaune canotier, un petit côtre ou voilier jouet naviguant à la main, le peintre expose des détails qui nous enveloppent de leur simplicité. Marguerite Arosa fait preuve ici d’une jolie habilité en matière de composition sous l’effet apaisant d’une mer calme, où repose au mouillage un paisible voilier. Vers la fin de sa vie, l’artiste peuple ses toiles du monde de la mer. C’est précisément le caractère vivant et insouciant des enfants se baignant à mi-jambe qui témoigne de l’immense plaisir qu’éprouve le peintre à l’observation, ainsi que la découverte et la capture des effets fugitifs et changeant de la lumière dans cette mer de couleur émeraude.



